Enjeux sociétaux

NAÏLA étudie la gestion des ressources eau dans les milieux ruraux semi-arides. Du point de vue biophysique, ces milieux sont caractérisés par l’inadéquation spatiotemporelle entre disponibilités et besoins hydriques, qui se combine avec la dégradation des ressources en sol induite par les forçages anthropique et climatique. Du point de vue socioéconomique, ces milieux ruraux, assimilables à des territoires agricoles, sont caractérisés par l’intensification des activités, par des compétitions entre acteurs en lien avec la satisfaction de besoins antagonistes, par des situations d’inéquité induisant la fragilisation des exploitations de petites et moyennes tailles, et par la marginalisation des zones amont en agriculture pluviale extensive par rapport aux zones aval en agriculture irriguée intensive.

Du point de vue des politiques publiques, ces territoires agricoles sont caractérisés par l’inefficacité des stratégies de gestion collective qui sont déconnectées des logiques individuelles. L’ensemble de ces caractéristiques devraient être exacerbées par le changement climatique, le tout se combinant avec les problématiques de dépendance alimentaire et d’exode rural. Dans ce contexte, gestionnaires et exploitants sont incitées à revisiter les modes de gestion en cours pour pérenniser les services rendus tout en préservant les ressources support. Ces enjeux sont prégnants dans les pays du Sud (e.g., Proche et Moyen-Orient, Afrique de l’Est, Amérique du Sud) et du bassin Méditerranéen.

La communauté internationale se mobilise pour relever ces enjeux, au travers de plusieurs programmes pilotés par l’ONU via le PNUD (intégration des ODD dans les politiques et les projets développement), l’ONU via la FAO (alimentation et revenus, développement durable, climat), l’OCDE (observations et mesure des progrès, cohérence des actions publiques), le MEDECC (politiques d’adaptation au changement climatique) ou le CSFD (politiques de lutte contre la désertification). La communauté scientifique est sollicitée pour produire des outils et des connaissances permettant de répondre à ces enjeux.

Premièrement, il nous faut évaluer les vulnérabilités, les durabilités et les résiliences des milieux considérés, afin de fournir des recommandations pour la formulation des politiques publiques. Cela implique de diagnostiquer les tendances actuelles et futures, mais aussi de repenser les modes de gestionpour la ressource en eau et la production agricole.

Deuxièmement, il nous faut repenser la formalisation des modes de gestion dans la co-construction avec les parties prenantes, en lien avec des questions de faisabilité et d’acceptabilité.

Troisièmement, il nous faut repenser la contribution des recherches en réponse aux besoins des acteurs, sur la base d’une analyse critique des travaux antérieurs.

NAÏLA se positionne sur ces enjeux sociétaux, ainsi que sur la production d’outils et de connaissances pour y répondre. Sur la base d’enjeux scientifiques, le collectif conduit des recherches disciplinaires et pluridisciplinaires, et des activités de formation et valorisation que nous présentons ci-après.

Enjeux scientifiques

Proposer des modes de gestion innovants dans les territoires agricoles repose sur une vision intégrée de ces territoires qui en explicite les composantes et leurs interactions. Par composantes nous entendons les différentes zones hydrologiques (e.g., amont – aval), les différents types d’agriculture(e.g., irriguée – pluviale) et les différents types d’acteur (e.g., exploitants – gestionnaires). Par interactions nous entendons les liens de nature hydrologique (e.g., flux d’eau), agronomique (e.g., voisinages liés aux parcellaires agricoles), et socio-économiques (e.g., accès au foncier et à l’eau).

Dans ce contexte, et en lien avec l’évolution du projet scientifique de NAÏLA, nous concentrerons nos efforts sur les cinq enjeux scientifiques suivants.

Comprendre les différentes formes que prennent les relations eaux / sociétés au sein des territoires et la manière dont elles évoluent, les conflits et tensions que cela suscite autant que les situations porteuses de renouvellement des pratiques et des relations entre acteurs. Nous envisagerons à ce niveau la possibilité d’appréhender les points de rupture et de non-retour.
Étudier les relations entre les composantes agro-hydrologiques, incluant les interactions entre les zones amont, productrices et consommatrices d’eau via une agriculture majoritairement pluviale, et les zones aval, consommatrices d’eau via une agriculture majoritairement irriguée.
Appréhender les ressources en eau et en sol, via les dimensions quantitative et qualitative, avec un focus sur les contaminations agricoles pour la dimension qualitative.
Explorer les innovations agronomiques en lien avec la bio-diversification,via les fonctionnalités offertes par les cultures mélangées et intercalaires à bas niveaux d’intrants, mais aussi leurs conditions d'adoption par les parties prenantes.
Articuler les différentes échelles d’action possibles, de la parcelle au territoire en passant par l’échelle intermédiaire du paysage (au sens agencements spatiaux), incluant la combinaison d’actions relatives à ces échelles (e.g., combiner les associations de cultures à l’échelle de la parcelle agricole avec le réseau de banquettes antiérosives à l’échelle du paysage).

Les Axes de recherche

L’axe 1 étudie les éléments constitutifs du territoire en lien avec la gestion de l’eau. Il les étudie en termes de diversités (e.g., typologies des exploitations agricoles), de distribution spatiale (e.g., réseaux hydrographiques), de structure (e.g., géométries des réservoirs, forçage climatique) et de fonctionnalités (e.g., réserve utile des sols). Cet axe met en synergie les méthodes d’observations (e.g., imagerie, enquêtes, géostatistique) pour surmonter les verrous relatifs aux spécificités des milieux méditerranéens : diversités de situations agronomiques et biophysiques, hétérogénéités et discontinuités spatiales des sols / sous-sols, des couverts végétaux et du climat.

L’axe 2 étudie le fonctionnement du territoire qui intègre les éléments constitutifs, leurs fonctionnalités et leurs interactions. Il s’agit de comprendre les choix effectués par les exploitants agricoles, et d’en caractériser les conséquences sur les processus biophysiques (e.g., flux hydrosédimentaires, dynamique de la végétation cultivée). Cet axe met en synergie les observations emboitées et les plateformes de modélisation intégrée pour surmonter les verrous relatifs aux spécificités des milieux méditerranéens : topologies arborescentes, flux tridimensionnels et couplages entre processus, hétérogénéités spatiotemporelles qui caractérisent le milieu agricole et le forçage atmosphérique, et facteurs endogènes et exogènes qui pilotent les choix des acteurs.

L’axe 3 a pour objectif de décrire et comprendre les trajectoires passées, actuelles et futures des territoires agricoles. Les trajectoires sont envisagées au travers des dimensions territoriales en lien avec les activités agricoles, les dynamiques sociales, les aménagements de gestion,et le milieu physique. Les enjeux abordés sont relatifs à la caractérisation rétrospective, à l’identification des déterminants d’évolution et à la formalisation des trajectoires futures sous formes de scenarios co-construits avec les parties prenantes.

L’axe formation ambitionne d’enrichir avec les résultats de recherche les enseignements actuels de 2nd et 3ème cycle sur le thème de la gestion des ressources en eau. Cet axe inclut (1) la conduite de séminaires thématiques ou méthodologiques et la conduite d’écoles de terrain, (2) la production d’enseignements numériques innovants sur la gestion des ressources en eau en Méditerranée, et (3) la conduite de doctoriales pour accroître les échanges entre les doctorants.

L’axe valorisation ambitionne de contribuer à une plus grande interaction la sphère académique et les parties prenantes, en vue de (1) formuler des questions de recherche en phase avec les besoins existants et (2) transférer et promouvoir les résultats et acquis du LMI. Il s’agit d’accompagner les acteurs dans la co-construction d’innovations afin d’améliorer la gestion multi-performante des agrosystèmes selon des critères économiques, sociaux et environnementaux.

Structuration des activités pour NAÏLA 2, incluant axe de recherche #1 sur les organisations, axe de recherche #2 sur les fonctionnements, axe de recherche #3 sur les évolutions, axe de formation, axe de valorisation, et actions transversales.

Les évolutions sont indiquées via le renforcement de disciplines existantes ou bien l’inclusion de nouvelles disciplines.

En matière de formation,

NAÏLA souhaite contribuer à l’enrichissement des actions conduites par les établissements d’enseignement supérieur tunisiens et français sur le thème de la gestion des ressources en eau. Une première action se concentre sur la formation des étudiants avec des séminaires thématiques, méthodologiques et techniques, pour enrichir les enseignements avec les résultats de recherche. Une seconde action vise à produire des enseignements numériques innovants sur la gestion des ressources en eau en Méditerranée, incluant la constitution d’un MOOC ouest-méditerranéen. La troisième action ambitionne de s’impliquer dans les programmes de mobilité entre les rives Sud et Nord de la Méditerranée.

En matière de valorisation,

NAÏLA veut contribuer à une plus grande interaction entre recherche et monde socio-professionnel en considérant plusieurs publics cibles et plusieurs moyens d’action. Les séminaires avec le monde professionnel agricole et les décideurs politiques permettent de préciser les raisons de succès/échec des politiques passées, les attentes pour l’avenir, et les besoins en matière d’expertise et de transfert. Les actions à destination des directions techniques ministérielles portent sur des aspects technologiques (e.g. systèmes de mesure) et sur les questions d’acceptabilité des politiques publiques, via des actions de formation continue pour les cadres des services centraux et délégations régionales. Les liens avec le monde industriel s’appuient sur le transfert d’outils méthodologiques, impliquant le co-encadrement d’étudiants de niveau master.

X