Bilan Axe R3

Trajectoires passés, situations actuelles et évolutions futures
Volet 1 : évolutions des systèmes de production agricole

Afin de mieux comprendre les logiques d’assolement reportées dans l’axe 2 (sous-axe agrosystème) pour les agrosystèmes pluviaux du Cap Bon, l’organisation actuelle du paysage est évaluée sous l’angle des ressources foncières. Pour cela, les concepts d’environnement institutionnel et d’arrangements institutionnels sont empruntés à l’économie néo-institutionnelle, via une approche compréhensive qui implique

(1) l’analyse des impacts des modes de faire valoir sur les comportements individuels et collectifs des agriculteurs et

(2) la compréhension des évolutions passées via la reconstruction des dynamiques foncières.

Les entretiens semi-directifs auprès des agriculteurs révèlent des dynamiques foncières différentes entre la zone de la plaine et la zone collinaire, alors que les territoires d’exploitation et les agrégats actuels résultent d’un double processus de morcellement et de concentration.

L’élaboration de scénarios prospectifs d’occupation des terres permet d’éclairer les décideurs dans la conception des plans de gestion. L’élaboration de scénarios spatialement explicites à l’échelle du parcellaire agricole permet d’appréhender les dynamiques au sein du territoire, en lien avec les stratégies des agriculteurs. La constitution de scénarios futurs de l’occupation du sol à l’horizon 2040 sur le bassin versant de Lebna s’articule autour de trois étapes :

(1)L’identification des déterminants croise plusieurs sources d’information (cartes, statistiques nationales) avec les points de vue des parties prenantes (enquêtes). Elle illustre l’importance du milieu physique et de la fragmentation parcellaire.

(2) L’identification d’innovations s’appuie sur le croisement des connaissances bibliographiques et de l’expertise de terrain avec les parties prenantes (enquêtes). Les innovations incluent des combinaisons spatiales et temporelles

(3) La formalisation des tendances régionales s’appuie sur les déterminants identifiés préalablement pour constituer, avec les parties prenantes via des séminaires participatifs, des scénarios narratifs contrastés :

Agroforesterie et cultures résistantes à la sécheresse
Extension de l’élevage et des cultures fourragères
Abandon de l’élevage et intensification des cultures de légumineuses / céréales / maraîchages
Volet 2 : évolution des ressources en lien avec les plans de gestion

Afin de mettre en évidence les grandes tendances et les points de rupture dans les trajectoires des agrosystèmes irrigués, une mise en profondeur historique sur plusieurs décennies est conduite pour les systèmes de production et les eaux souterraines du Merguellil.

Il est montré que la succession des plans de gestion et d’aménagement hydraulique ont orienté le devenir de la ressource en eau vers un état d’équilibre basé sur la connaissance scientifique, tandis que les progrès techniques et les programmes de développements ont rompu avec cette tendance.

La déconnexion des stratégies de gestion avec l’évolution des accès individuels aux eaux souterraines est en partie à l’origine de la situation critique actuelle des petites exploitations agricoles vis-à-vis de l’accès à l’eau.

La compréhension de ces mécanismes permet de mieux cibler les éventuels leviers d’action pour construire une vision commune du futur à donner aux espaces en question, mais interroge aussi l’apport des connaissances scientifiques produites par les chercheurs.

Les processus de rupture dans les trajectoires d’évolution sont perçus différemment par les populations selon leurs vulnérabilités, en lien avec leurs localisations.

Volet 3 : positionnement historique entre recherche sur l’eau et société en Tunisie

La recherche sur l’eau est invitée à « opérationnaliser » ses travaux afin de fournir des « solutions » et des « outils » à des « usagers » pour résoudre des « problèmes » liés à l’eau.

La communauté des sciences de l’eau est interpelée sur l’inadéquation des résultats de la recherche vis-à-vis des demandes plus ou moins explicites. Ce constat est à l’origine d’une étude sur l’utilité des recherches en Tunisie, incluant un atelier de réflexion et une étude en anthropologie des sciences.

L’atelier intitulé « À quoi sert la recherche sur l’eau en Tunisie aujourd’hui ? » propose d’étudier la manière dont la recherche conçoit son utilité et en identifie les bénéfices.

Les profils disciplinaires choisis sont relatifs aux sciences humaines et sociales, ainsi qu’au sciences biophysiques, avec des affinités allant de la pratique du terrain au calcul théorique, avec une équité entre les communautés de l’eau française et tunisienne.

Le déroulement est adapté en temps réel, amenant à un centrage sur le rôle du chercheur dans la société et sur la valorisation des valeurs portées par chaque chercheur. La relation entre recherche et société repose en effet sur un faisceau de pratiques et d’interactions d’intensités et de natures très variées. La vision unilatérale que l’on a souvent de la relation recherche/société doit être nuancée, pour donner de la place à l’observation et à la valorisation de ces interactions.

Sur ces premières conclusions, un stage de master étudie les voies de dialogue entre recherche et société.

Les instruments d’observation et d’analyse de l’anthropologie des sciences sont utilisés pour documenter les pratiques de recherche sur le bassin versant du Lebna dans lequel se situe le site tunisien de l’ORE OMERE (bassin versant de Kamech).

Le recueil d’informations associe

(1) la tenue d’entretiens qualitatifs avec un échantillon d’académiques en France et en Tunisie et

(2) l’observation des traces matérielles de l’activité de ces acteurs. Ce matériau est ensuite analysé à la lumière de la littérature en anthropologie des sciences et des techniques.

Il en ressort les principaux résultats suivants.

(1) La relation que les chercheurs entretiennent avec le terrain pour comprendre certaines de leurs interactions avec la société est de première importance.

(2) Il existe une chaine d’acteurs, entre le chercheur et le terrain, dans laquelle chacun joue un rôle spécifique, et dans laquelle les technicien(ne)s ont un rôle central de médiateurs entre les chercheurs et le terrain .

(3) Les instruments (e.g., dispositif expérimental de suivi des parcelles, tour à flux) ont une centralité dans la médiation entre terrain et laboratoire.

(4) L’évolution des techniques de recueil d’informations sur le terrain a une influence forte sur la nature des relations entre le chercheur et le terrain.

4. Des trajectoires passées aux scénarios futurs

La perspective historique permet de s’interroger sur les limites de certains exercices prospectifs actuellement menés. Fouiller les multiples archives et interroger les mémoires révèle des informations inédites et éclairé sur les trajectoires des socio-hydrosystèmes.

Les travaux sur le Merguellil mettent en lumière l’importance des captages d’eau potable dans l’évolution des relations surface – souterrain autour de l’oued, ou encore la meilleure perception des transformations profondes vécues à l’amont.

Le croisement des données historiques et qualitatives avec les données hydrologiques “classiques” ne permet pas de mieux évaluer quantitativement la ressource. Cependant, ce travail interdisciplinaire a permis de développer une pratique de recherche nouvelle basée sur la connaissance partagée du terrain, et il fournit des éléments de réflexion sur des scénarios possibles pour le futur.

X